Documents authentiques, tome 3

Jean Stern (rédaction), La Salette - documents authentiques, tome 3 : 1er mai 1849 - 4 novembre 1854, Ed. Desclée de Brouwer, 1991.

Présentation :

Dès 1849, l’évêché de Grenoble commence des démarches en vue de la consolidation du Pèlerinage. Mais des difficultés surgissent, l’affaire d’Ars et l’envoi à Rome des " secrets ". Entre-temps est arrivé à Grenoble un nouvel évêque, Mgr Ginoulhiac qui s’abstient tout d’abord de prendre position sur le fait du 19 septembre 1846. Cependant, il enquête personnellement, examine et finit par prendre résolument la défense de l’authenticité de l’apparition (Instruction pastorale et mandement du 4 novembre 1854). Ce volume contient le dossier complet des documents produits entre mai 1849 et le 4 novembre 1854. On y trouvera d’autre part, une présentation d’ensemble de l’affaire des secrets.

Mgr Louis Dufaux - Préface au troisième volume de l’ouvrage "La Salette - documents authentiques"

Ce volume est le troisième de l’ouvrage du Père Jean Stern et de ses collaborateurs sur l’apparition de La Salette et sur ses suites ; avec sa parution, nous est présenté l’ensemble des documents remontant à la période qui s’étend de septembre 1846 à novembre 1854 : période des origines et des discernements fondamentaux.
Le Sanctuaire de La Salette évoque pour moi bien des souvenirs personnels, dont l’un des plus récents est le pèlerinage diocésain du 24 septembre 1989, temps fort de notre Synode ; dans la semaine qui a suivi, je devenais évêque de Grenoble.
J’ai beaucoup apprécié la lecture de La Salette - Documents authentiques : cet ouvrage m’a permis de mieux saisir le message de la Salette, aussi important aujourd’hui qu’hier ; je remercie vivement le Père Jean Stern et ses collaborateurs pour leur travail.
Ce troisième volume porte sur une phase de l’histoire salettine marquée par plusieurs interventions fortes de la part des évêques de Grenoble, mes prédécesseurs. Les documents édités par le Père Stern permettent d’apprécier la nature et la portée de leurs actes. On voit ainsi que Monseigneur Philibert de Bruillard, qui en 1851 proclama l’authenticité de l’apparition, avait parfaitement conscience de n’être pas lui-même à l’origine du mouvement spirituel salettin. La piété du peuple chrétien l’avait précédé, et il le reconnut explicitement à propos même du pèlerinage : "depuis l’apparition (...) il est en plein exercice" (Mandement du 1er mai 1851). Conscient des responsabilités que lui imposait sa charge, il avait commencé par attendre et s’informer, car tout ce qui brille n’est pas forcément de l’or, pour ensuite discerner et, le moment venu, se prononcer publiquement et agir. C’est ainsi qu’il parvint à protéger la dévotion de son peuple contre des suspicions qui procédaient d’informations inexactes.
Chez son successeur, Monseigneur Ginoulhiac, on rencontre le même respect pour la dévotion du peuple chrétien et le même sens des responsabilités. Au cours des dix-huit mois qui suivirent son arrivée à Grenoble en mai 1853, Mgr Ginoulhiac enquêta et fit enquêter méthodiquement, puis intervint à plusieurs reprises et avec vigueur, réfutant les objections lancées par les opposants, mais prenant également position face à des excroissances qui n’avaient qu’un lien illusoire avec l’apparition du 19 septembre 1846.
Le message de la Salette a pu ainsi nous parvenir dans son authenticité, et c’est là le plus important. Sous une forme très simple, avec des paroles que tous peuvent comprendre, il nous introduit dans l’essentiel du christianisme. Nous entendons dans l’évangile le Christ demander : "Laissez les enfants venir à moi..." (Marc 10, 14) et sur la montagne la Belle Dame dire à Maximin et Mélanie : "Avancez, mes enfants...". La Parole de Vie est révélée aux petits et aux humbles.

Ce message si simple n’est pas facilement accessible à la mentalité moderne ; il la rebuterait plutôt. "Si mon peuple ne veut pas se soumettre...", disait la Belle Dame aux pâtres. Qui aujourd’hui peut recevoir cette parole et comment la comprendre ? L’idée de soumission, même à Dieu, paraît inacceptable ; elle semble nier la liberté et évoquer toutes les servitudes. Ce qui est ressenti fortement dans les conditions de vie économiques, politiques, sociales, vaut de la même façon pour les domaines éthique et religieux. Beaucoup perçoivent mal l’enseignement moral de l’Église, de même que les exigences cultuelles comme la prière régulière ou la messe dominicale.

Et pourtant la Dame de la Salette emploie l’expression "se soumettre" et rappelle des obligations comme le respect du Nom de Dieu, la prière quotidienne, l’observance du dimanche et celle du carême. Mais le message, si rude soit-il, indique aussi la manière dont il faut le comprendre : il n’est pas l’énoncé d’une sentence qui condamne, mais un appel pressant. La Vierge dit "mon Fils" en parlant de Jésus, et elle appelle les petits pâtres "mes enfants". Sa merveilleuse maternité est une révélation du mystère des relations entre Dieu et l’homme. "A l’image de Dieu il le créa, il le créa homme et femme", dit dès l’origine le livre de la Genèse (1, 27). Le bonheur de l’homme et son accomplissement, c’est de vivre dans la relation confiante à Dieu ; en faisant la volonté de Dieu, l’homme se réalise lui-même et accède en vérité à la liberté.
La Belle Dame portait sur la poitrine l’effigie du Fils crucifié : image défigurée de l’homme victime du véritable esclavage produit par la rupture du péché et qui conduit inexorablement à la mort. Mais Lui est le Juste innocent qui a pris sur lui le péché du monde pour opérer la réconciliation et ouvrir le chemin de la Vie : "... il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir et à mourir sur une croix ! C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout..." (Philippiens 2, 8-9). L’homme créé à l’image de Dieu est, dès lors, par lui et en lui, un pécheur pardonné appelé à devenir enfant de Dieu. La "soumission" selon le Christ n’est pas esclavage déshumanisant, mais condition d’entrée dans la Pâque du Christ ; et si le terme est trop porteur d’aspects négatifs à notre époque, nous pouvons retrouver des mots bibliques comme réconciliation et conversion. Toujours l’humilité du cœur est nécessaire : "Si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux" (Matthieu 18, 3) ou encore, dans le chant d’action de grâces de Marie, "Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles" (Luc 1, 52).

Marie est étroitement associée à l’œuvre du Salut accomplie dans le Christ, et le message de la Salette nous le rappelle fortement : "Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse". Le Fils mort pour nous sur la Croix par amour nous abandonnerait-il ? Faut-il prêter l’oreille à tous ceux qui annoncent des malheurs et des condamnations sans appel ? Ce n’est pas le Seigneur qui nous abandonne car Lui est le Dieu fidèle, comme la Bible ne cesse de le répéter ; mais c’est nous qui le refusons en ne voulant pas "nous soumettre". Nous courons vers des faux-semblants de liberté en voulant suivre seulement ce que nous appelons notre conscience ; en fait, celle-ci est trop souvent modelée par l’opinion commune sans tellement d’engagement personnel de notre part et nous ne l’éclairons pas suffisamment par la Parole de Dieu reçue en Église. L’amour de Dieu bute sur nos carapaces. "Je suis chargée de le prier sans cesse", dit la Dame. Marie toute pure, associée étroitement à l’œuvre du Salut, intercède auprès de son Fils pour qu’il ne cesse de venir à notre secours afin de nous conduire aux sentiers de vie. "Car il n’est sous le ciel aucun autre Nom accordé aux hommes, par lequel nous devions être sauvés" (Actes 4, 12). Prière de Marie, prière de l’Église et des saints, inspirée par l’Esprit, qui rejoint l’oblation du Christ pour le Salut du monde. Et Marie pleure sur nous ; fille de notre race et mère de l’Église, sa prière est pour nous et ses larmes sont un terrible appel qui nous est adressé ; le message témoigne merveilleusement de son amour maternel, inquiet pour nous à en pleurer.
"Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu" dit saint Jean (1, 11). La rupture est consommée et les ténèbres sont opaques ; l’évangéliste poursuit : "mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu". La profondeur du mal apparaît d’autant plus que le mystère d’Amour est manifesté. Les larmes de Marie sont un appel pressant à en accueillir la révélation dans l’humilité du cœur et la disponibilité confiante.

Le présent volume rapporte quelques-unes des étapes par lesquelles le message de la Salette nous est parvenu, des étapes qui en vérité furent décisives. Puissions-nous nous laisser toucher et nous engager résolument sur les chemins de la conversion nous aussi. "S’ils se convertissent, les pierres et rochers se changeront en monceaux de blé, et les pommes de terre seront ensemencées par les terres".
Pèlerins de la Salette, accueillons les paroles de Marie dans des cœurs d’enfants ! Prions avec Marie et en Église pour nous-mêmes et pour nos frères, afin que nous sachions renoncer à nos suffisances et consentir à l’humilité. Mais il nous faut aussi porter le message et en témoigner dans un monde déchiré, trop souvent indifférent ou hostile, et pourtant tellement en attente de salut. "Eh bien, mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple !"".

Grenoble, Pâques 1991
Louis Dufaux, Évêque de Grenoble

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