Maximin aux zouaves pontificaux

Le 24 avril 1865, lorsque Maximin Giraud s’engage dans les zouaves pontificaux, il a tout juste 30 ans. Il rejoint les troupes de Pie IX, le Pape à qui il avait envoyé 14 ans plus tôt le secret que lui aurait confié la Vierge de La Salette.

En cette année 1865, l’armée pontificale a plus que jamais besoin de volontaires. Son État reste le dernier bastion de résistance face aux troupes du roi de Sardaigne et de Garibaldi, désireux de réaliser l’unification de l’Italie. Or, depuis quelques mois, les troupes françaises qui garantissaient jusqu’ici la protection du territoire pontifical s’engagent à quitter Rome dans les deux ans, laissant le champs libre aux Piémontais. La petite armée des zouaves pontificaux qui ne dépassait guère 500 hommes va alors s’élever progressivement pour atteindre en juin 1867 le nombre de 2289 hommes, dont 659 Français [1].

C’est dans ce climat particulier que Maximin Giraud arrive dans l’armée du Pape Pie IX, à qui il avait confié en 1846, l’année de son élection sur le trône de Saint Pierre, le secret que lui aurait délivré Notre-Dame à La Salette. Le jeune homme se veut pourtant discret sur cet épisode. Il parle peu, ne se mêle pas aux autres recrues. Et surtout, il ne tient pas à révéler son identité : il a, en effet, juré au cardinal Villecourt avant son engagement de garder l’anonymat en se mettant « à l’abri de toute curieuse investigation » [2]

Mais son sergent, Henri Le Chauff de Kerguénec découvre rapidement qui il est au bout d’une dizaine de jours, et le cite dans ses souvenirs parmi les personnalités du régiment :

« De fort belles et intéressantes recrues nous sont arrivées ces derniers temps, par exemple un Montesquieu descendant en droite ligne de l’auteur de “L’Esprit des lois” […] ; par exemple encore Maximin Giraud, le berger de La Salette, qui se trouve ici sans trop savoir comment. » [3]

Il le prend aussitôt en affection. Une affection partagée par le zouave Galbaud, ce qui réjouit Kerguénec et lui fait dire que le fardeau sera ainsi moins lourd ! [4] Le sergent décrit, en effet, Maximin comme un homme :

« Fort comme un turc, qui boit, mange bien, et j’imagine qu’il fouillera aussi souvent dans ma bourse que dans la sienne. Enfin, je le ferai pour l’amour de la bonne Vierge, et j’espère qu’elle m’en saura gré » [5].

Sa venue dans le corps pontifical n’a rien de très préparé, semble-t-il. Maximin a un beau jour quitté Paris et ses parents adoptifs, les Jourdain, un couple de négociants, pour Venise. Qu’allait-il y faire ? « Ni plus ni moins, que s’entretenir avec le comte de Chambord [6] de choses très sérieuses, raconte Le Chauff de Kerguénec. Mais voici qu’il a été reçu là, m’a-t-il dit, comme un chien dans un jeu de quilles » [7]. Après ce déboire, indique-t-il, il serait parti pour Rome où il aurait été reçu en audience par le Pape. C’est là qu’il découvre les zouaves pontificaux et décide de devenir l’un des leurs. Mais ayant gaspillé tout son argent, il devra de pouvoir réaliser cette nouvelle vocation au cardinal Villecourt, qui lui donnera les 50 francs nécessaires à son engagement.

Le quotidien de Maximin oscille entre les exercices militaires éprouvants, que sa constitution rugueuse aide certainement à endurer mieux que d’autres, et les parades, pour lesquelles il présente nettement moins d’aisance. Lors du jubilé du Pape en mai 1865, par exemple, il ne réalise pas toutes les visites prescrites pour gagner les indulgences du mois de Marie ; c’est Le Chauff qui est obligé de lui faire achever sa tournée sous peine de manquer le jubilé. Durant les quelques mois qu’il a passé chez les pontificaux, Maximin Giraud n’a pas été engagé au combat. On peut, toutefois, penser qu’il a occupé une partie de son temps à faire « la guerre aux brigands ». Cette activité, récurrente tout au long des dix années d’existence de l‘armée pontificale, consiste en fait à repousser les bandes de soldats garibaldiens, soutenus par les troupes régulières sardes, qui tentent d’innombrables incursions aux frontières des États du Pape. Ces accrochages n’étaient pas de simples anicroches entre deux bandes rivales au cœur des forêts et villages de montagnes qui dominent le Latium ; il s’agissait de rudes combats menés dans un environnement difficile et escarpé qui offrait de multiples refuges inaccessibles à un ennemi le plus souvent invisible.

Si dans la conversation ordinaire, l’ancien petit berger reste « assez lourd » et s’échauffe rapidement après un verre de vin, il n’est, cependant, « pas du tout dépourvu de bon sens ni de jugement, souligne Kerguénec : quand il parle de l’Apparition, il n’est plus le même. (…). On voit que son cœur est demeuré toujours digne de la très Sainte Vierge et n’a pas contracté la moindre souillure. Et bien ! le cœur c’est tout, et pour moi toutes les autres imperfections de Maximin sont une confirmation évidente du miracle de La Salette » [8].

Laurent Gruaz

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