Les témoins : Mélanie et Maximin

"Grâce à eux, nous comprenons que nous sommes aimés nous aussi", découvraient avec bonheur des jeunes pèlerins que la vie n’avait pas épargnés.
C’est à leur "Belle Dame" et point à leurs mérites que les deux bergers de La Salette doivent leur fidélité. Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort, afin qu’aucune chair n’aille se glorifier devant Dieu (cf. 1 Corinthiens 1, 27).

L’apparition de la ’Belle Dame’ : "Nous buvions ses paroles".

Au ravin de l’Apparition, des statues de bronze représentent les témoins de l’événement du 19 septembre 1846, Maximin et Mélanie, écoutant la Belle Dame...

Maximin Giraud
Il est né à Corps, le 26 août 1835. Sa mère, Anne-Marie Templier est du pays ; son père, le charron Giraud, est venu du Trièves proche. Maximin n’a que dix-sept mois lorsque sa mère meurt, laissant aussi une fille, Angélique, qui a huit ans. Peu après, Monsieur Giraud se remarie. Maximin va pousser comme une herbe sauvage : rudoyé par sa marâtre, Marie Court, il est souvent dehors, s’amusant avec son chien Loulou, gardant sa chèvre au bord des chemins, furetant autour des diligences et à l’entrée des échoppes, le long des rues de Corps. A onze ans, c’est un gamin insouciant, volontiers espiègle, l’œil vif sous sa tignasse noire, et la langue bien pendue.

Mélanie Calvat, dite aussi Mathieu
Elle va sur ses quinze ans. Née le 7 novembre 1831, elle est la quatrième des dix enfants que mettra au monde Julie Barnaud, de Séchilienne. Le père, Pierre Calvat, est scieur de long, mais s’adapte à tous les métiers pour faire vivre sa pauvre famille. Toute jeune, Mélanie est mise "en service", pour garder les vaches, dans les fermes des environs, à Quet, à Sainte-Luce, ... , avant d’aboutir chez Jean-Baptiste Pra, aux Ablandens.

Leur rencontre
C’est là qu’arrive Maximin, chez le voisin, Pierre Selme, dont il vient remplacer, 8 jours seulement, le berger malade. Avec la malingre Mélanie, le contact sera difficile : taciturne, elle reste sur ses gardes face au gamin remuant et bavard.
Les deux enfants ont pourtant des points communs... si l’on peut dire ! Nés à Corps où résident leurs familles, ils ne se connaissent pas. Ils ne parlent pratiquement que le patois, ne savent ni lire, ni écrire : ils ignorent l’école et le catéchisme. Pauvres, simples et sans détours. Des cires vierges, prêtes à recevoir l’empreinte de l’Événement, qui sera à la fois la croix et la lumière de leurs vies, et dont ils ne cesseront de témoigner. Interrogés, sollicités, tentés, harcelés, ils resteront fidèles à la Vierge en pleurs.

Que sont-ils devenus ?

Maximin
Pendant l’Apparition, il s’amusait avec son bâton à faire tourner son chapeau ou à pousser des cailloux vers les pieds de la Belle Dame : tel il est resté toute sa vie. Il répond aux enquêteurs avec simplicité mais du tac au tac. Cordial, dès qu’il se sent vraiment aimé. Malicieux, quand on veut le "récupérer". Volontiers espiègle, et même avec le Curé d’Ars, semble-t-il. Imprévoyant en affaires, ..., comme il l’était quand il partageait avec son chien, dès le matin, le casse-croûte de la journée.

Un cœur d’or, toujours candide, dans une vie trimbalée : de l’école de Corps au séminaire du Rondeau, d’un presbytère de campagne à la Grande Chartreuse, du séminaire d’Aire-sur-Adour à l’hospice du Vésinet (Yvelines) ou au collège de Tonnerre (Yonne) où il est "employé". Chez les époux Jourdain, près de Versailles, il est pris en affection : il est question de lui faire entreprendre des études de médecine. Il s’engage finalement comme zouave pontifical, mais six mois après revient à Paris.
Il publie alors "Ma profession de foi sur l’Apparition de Notre Dame de La Salette" en réponse à un article agressif de "La Vie Parisienne". Victime d’un associé, marchand de liqueurs, le voici encore sans ressources. Il demeure alors à Corps, qu’il aurait mieux fait de ne jamais quitter.

Asthmatique et cardiaque, il monte une dernière fois au pèlerinage et fait sur les lieux le récit de l’Apparition.
Le 1er mars 1875, il meurt à Corps, après avoir reçu la Communion et bu un peu d’eau de La Salette.
Pauvre et généreux, il avait écrit un testament pour redire son témoignage sur l’Apparition, et léguer son cœur au sanctuaire de La Salette.

Mélanie
Timide, taciturne, renfermée, elle n’hésite pourtant pas à répondre quand il s’agit de l’Apparition. Elle reste quatre ans chez les Sœurs de la Providence : elle a peu de mémoire et moins d’aptitude encore que Maximin pour étudier. Dès novembre 1847, sa Supérieure craignait déjà que "Mélanie ne tirât vanité de la position que l’événement lui a faite". Cela s’explique chez cette fille pauvre, privée d’affection, "placée" dès l’âge de dix ans et soudain projetée sous les feux de l’actualité.

Au reste, elle est bonne chrétienne, et même pieuse. Elle essaie plusieurs fois "d’entrer en religion" mais en vain. Agressée par la curiosité, l’indiscrétion, les pressions de certains de ses visiteurs, avides de révélations politico-religieuses, Mélanie résiste mal à la tentation de jouer les oracles en reprenant les pseudo-prophéties populaires sur la fin des temps qui réapparaissent périodiquement dans l’histoire de l’Eglise.

Cependant, elle passe du Carmel de Darlington (Angleterre) à la Compassion de Marseille, puis reste dix-sept ans à Castellamare, près de Naples, écrivant secrets et règle pour une hypothétique fondation religieuse : le Vatican prie l’évêque du lieu de lui interdire ce genre de publication mais elle cherche d’autres appuis. Après un séjour dans le midi à Cannes, nous la retrouvons à Chalon-sur-Saône, où, pour les mêmes raisons, elle a maille à partir avec l’évêque d’Autun. Elle retourne en Italie, près de Lecce, puis à Messine en Sicile ; revient en France, dans l’Allier, et finit d’y écrire une autobiographie mystique de mauvais aloi.

Les 18 et 19 septembre 1902, elle passe à La Salette, et y fait le récit de l’Apparition. Puis elle retourne en Italie méridionale, à Altamura (Bari). Elle y meurt le 14 décembre 1904.
Pauvre, croyante, pieuse, mais attachée à son propre sens, il est un point sur lequel Mélanie n’a jamais varié : ce qu’elle avait dit, comme Maximin, au soir du 19 septembre 1846, dans la cuisine des Pra, aux Ablandins.

Maximin et Mélanie ont rempli leur mission. Le 19 septembre 1855, Mgr Ginoulhiac, nouvel évêque de Grenoble, résumait ainsi la situation : "La mission des bergers est finie, celle de l’Église commence".

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