Les missionnaires de La Salette

Voici des extraits de plusieurs interviews réalisés avec des Missionnaires de La Salette à travers la France. Les questions ont été posées par des jeunes aux Pères : Isidro Perin ms, Adrzej Zontek ms, Maurice Tochon ms, Michel Faillon ms.
Bonne lecture !

Les débuts

En mai 1852 l’évêque annonce à ses diocésains la fondation d’un grand sanctuaire comportant une église et une hôtellerie attenante, et la constitution d’un corps spécial de prêtres pour être au service de ces pèlerins. Ils seront les "Missionnaires de Notre-Dame de La Salette".
Leur début là-haut fut assez épique. Habitant une baraque, ils peuvent contempler, la nuit, le ciel étoilé entre les planches. De plus, à 1800 m d’altitude, les nuits peuvent être plus que fraîches.
Bâtisseurs, surveillant les travaux, ils se font aussi "mendiants" de Notre-Dame pour honorer les lourdes factures des entrepreneurs. Les tâches spirituelles ne manquent pas non plus : Messes à célébrer, confessions à entendre, récits de l’Apparition à exposer. L’hiver, à la demande de l’évêque, ils partent prêcher des missions dans les paroisses du diocèse de Grenoble. S’inspirant des paroles de Marie, ils s’efforcent de réveiller la foi endormie des chrétiens.
Peu à peu ces prêtres sentent le besoin de se constituer en congrégation religieuse. Ils prononcent leurs premiers vœux en 1858. Le groupe, restreint au début, ira croissant à partir de la fondation d’un petit séminaire en 1876.

Un rayonnement mondial

Viendra l’appel, à la lumière de l’Esprit, à dépasser les limites du diocèse de Grenoble et de l’Hexagone pour la Norvège, puis Madagascar. Les lois de la République anticléricale les obligent à émigrer vers les U.S.A., l’Italie, la Belgique, la Suisse. Certaines de ces implantations de la fin du XIXe siècle deviendront elles-mêmes fondatrices. Les Missionnaires de La Salette sont à ce jour 920, repartis dans une vingtaine de pays.
"Vous le ferez bien passer à tout mon peuple". Telle fut la conclusion de Marie dans son entretien avec Maximin et Mélanie, les deux voyants. Les Missionnaires essayent de continuer actuellement à relever le défi.

1. Quelle expérience spirituelle propre à ta vocation ?

Je reconnais combien mes parents par leur vie de prière et d’engagement à l’Eglise ont lancé les bases pour que je puisse discerner le chemin auquel le Seigneur m’avait appelé.
Je sentais la présence de l’Esprit Saint dans ma vie, guidé mais ma liberté de choix était toujours respectée.
En donnant une responsabilité et en faisant confiance, la capacité réelle de travail et de don de soi, d’engagement et de vérité peut être ainsi mesurée.

2. Quels traits de cette expérience ?

Il y a eu un appel de Dieu, une ambiance pour le discerner de la part de la communauté et de la famille et une réponse personnelle à la grâce de Dieu.
Ma vie spirituelle est toujours ouverte à l’imprévu, à l’inattendu.

3. Pourquoi cette vocation ? Pour quelle mission ?

La vie religieuse et la prêtrise sont une suite à mon attachement à l’Église et à mon désir de réaliser sa mission : Dieu a confié sa mission à l’Église, celle-ci fait appel à ses membres.

4. Comment cette vocation ? Comment Dieu t’a-t-il appelé ?

Depuis mon enfance il y avait quelque chose qui m’attirait vers l’autel.
Je dirais simplement qu’il n’y a pas eu un appel ponctuel mais des milliers de petites torches, des changements de direction. Je caractériserais cette vocation comme intensément et durablement relationnelle, dans la variété du monde à chaque période. Mais les périodes de solitude et de désert humain et spirituel, ont été tout aussi fécondes.

5. Quelles sont les richesses de cette vocation ?

Je dirais que la richesse de cette vocation vient avec l’âge de vie et des ministères exercés.
Le service au Peuple de Dieu, l’écoute, la proposition d’un chemin de vie pour que Dieu soit en tous et que tous soient en Dieu. Le sacerdoce est un chemin, un pont pour conduire les hommes à Dieu.
Les richesses sont immenses et infinies, jamais assez mesurées avec gratitude. Il m’est donné de croiser les routes de personnes totalement en dehors des cadres religieux. Les vrais voyages sont intérieurs : la rencontre des esprits et des âmes.
L’esprit conduit à accueillir l’imprévisible comme un cadeau, l’insolite comme un défi. Cela m’a fait vivre des ouvertures humaines et spirituelles sans doute étonnantes, sinon exceptionnelles, et je ne cesse d’en rendre grâces. Mais il faut vraiment payer de sa personne.

6. Quelles sont les contraintes de cette vocation ?

Les contraintes sont le besoin de renoncer à certaines choses en vue d’être libre pour mieux servir Dieu et les hommes. Un amour qui est offert suite à l’expérience d’un amour exclusif à Dieu ; la chasteté est une sorte de libération pour un service sans limite et sans contrainte propres au mariage.
Cela dépend aussi de la communauté où l’on vit. Si la communauté n’assure pas son rôle tout pèse : pastorale, obéissance, célibat, on voit plus facilement les choses qui nous divisent plutôt que celles qui nous unissent.
On reçoit des frères qu’on n’a pas choisis et qui sont très différents. On n’est pas forcément accepté ni compris. Il faut faire avec.

7. Comment la vis-tu au quotidien ?

Je vis ma vocation d’une façon libre dans le quotidien de ma vie. Cette liberté me donne la possibilité de saisir la beauté d’une vie vécue en intimité avec le Seigneur. La fidélité aux engagements conséquents devient de plus en plus source de persévérance et de courage. Depuis un certain temps j’expérimente ce que St Paul a dit : c’est pas moi qui vis, c’est Dieu qui vit en moi. Voilà la dimension humaine et divine de notre vocation.

8. Te considères tu comme personne humaine ou à l’écart ?

Humaine à 100% grâce aux gens que je rencontre tous les jours. Leurs soucis et leurs tristesses devenant miennes, leurs joies et espérances aussi. Mais souvent aussi, je leur indique le chemin pour se mettre un peu à l’écart. Tout le monde en a besoin. Autrement on devient fou dans le monde d’aujourd’hui.

9. Quelle est la spiritualité salettine ?

Réconciliation : avec soi-même, avec les gens qui vivent avec moi dans mon milieu professionnel, ma paroisse, ma communauté, avec la nature.
Le Christ crucifié continue à être le chemin à suivre ; c’est lui qui nous provoque jour après jour à marcher vers la conversion et la réconciliation. La prière se nourrit de cette complicité entre Jésus et moi. Une complicité qui nous défie de relire les signes des temps qui se manifestent dans les choses vitales et qui nous indiquent les responsabilités qui sont les nôtres. Le monde à venir dépend de ce que nous sommes capables de l’inventer aujourd’hui.
Une certaine simplicité dans les relations, une certaine affinité avec les mal croyants, les hors cadre comme l’étaient Maximin et Mélanie, une préférence accusée par les blessés de la vie, une fibre populaire qui privilégie l’expérience de vie.

10. En tant que missionnaire de la Salette quel message peux tu donner aux jeunes d’aujourd’hui ?

N’ayez pas peur de vous lancer dans cette aventure qu’est la vie religieuse ou sacerdotale. La grâce du Seigneur vous permettra de vivre la pauvreté, la chasteté et l’obéissance.
N’ayez pas peur, jetez les filets là où il semble qu’il n’y a pas d’avenir, prenez votre vie dans vos mains, soyez libres de ne pas tomber dans les tromperies du monde, mettez votre confiance en Celui qui vous aime jusqu’à la mort, la mort sur la croix, proclamez toujours et partout les raisons de votre espérance.
Je dirai plus encore : derrière toutes ces expressions, il y a une invitation forte à retrouver le goût de vivre, une invitation à empoigner la vie, à s’intéresser aux autres, à découvrir ses talents et les valoriser, à apporter sa pierre à la construction d’un monde meilleur où les plus humbles ne seront pas oubliés. Plus une invitation à sortir de nos peurs et de nos replis pour adhérer à un projet qui permet à un jeune de devenir un homme ou une femme debout.
Apprenez, avec la vie telle qu’elle se fait au fil des jours, à cultiver la fidélité, en amitié notamment. C’est un trésor inestimable. Dans une culture du mépris, de l’éclatement, du zapping, le respect de l’autre est créateur de fidélité, structure de la personne.
N’ayez pas peur des défis, des sauts dans l’inconnu. Vous préférez les sensations fortes du saut à l’élastique ? Elles n’apportent rien. Dans la réponse aux défis, vous dites oui à la vie. Chacun de vous peut être un Abraham avec plein les bras d’une promesse. Parier sur Dieu c’est le meilleur placement que j’ai jamais fait.
Racontez à Jésus en croix votre vie : ça l’intéresse, il n’attend que cette compagnie, dites lui souvent : pas à moi Seigneur mais à ton nom donne la gloire pour ton amour et ta vérité. Épargne à ton serviteur l’orgueil. Ça évite de se prendre au sérieux. Et attendez tranquillement le retour d’ascenseur. Vous aurez des surprises.
Et si la vie vous envoie des baffes, il y a des frères et des sœurs, inattendus, proches ou lointains, qui vous aideront à les digérer, et à en faire quelque chose.

11. Quels changements profonds dans ta vie par cette vocation ?

Depuis quelques années, le fait de travailler avec des jeunes de différentes cultures, nationalités, remplit à 100% mon désir d’être père. On a besoin d’être fécond, dans la vie religieuse, dans la vie conjugale, et sacerdotale.
On a tous besoin de donner la vie. J’expérimente la parole de Dieu : personne n’aura quitté, à cause de moi et l’Evangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive en ce temps déjà, maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, et je crois que c’est grâce à mon célibat que je peux avoir cette fécondité spirituelle extraordinaire.
Je crois qu’une vocation particulière s’enracine d’abord dans un appel à vivre pleinement son humanité, puis dans celui de vivre pleinement la grâce de son baptême.
Autrement dit, ma vocation particulière demande une certaine épaisseur humaine et une expérience forte d’adhésion au Christ qui nous tourne vers le Père et vers les autres.
Dans le monde et l’Église, beaucoup de choses changent selon l’époque et les cultures. La manière d’être prêtre, religieux ou laïc change souvent. Mais le prêtre reste un prêtre, le religieux un religieux, peu importe les missions ou les tâches que l’évêque ou les supérieurs lui confient. Plus que jamais, le prêtre ou le religieux est indispensable à la vie et au renouveau de l’Église.
Ils sont nécessaires :
- pour servir l’unité, la communion
- pour rappeler que l’engagement ecclésial n’est pas une profession mais une vocation
- pour rappeler que le service des frères ne peut être durable et satisfaisant que s’il se ressource régulièrement dans la prière.
Comme je ne sais pas ce que j’aurais pu être autrement, je dirais que dans ma vie active de MS, j’ai vécu des choses que je n’aurais jamais vécues.

12. Vocation et liberté…

Une question : adhérons nous à ce vouloir vivre au point que cela devienne contagieux auprès des jeunes générations ?
Une consigne : la vocation première d’un jeune est de grandir en humanité, de devenir un homme ou une femme qui aime la vie. Pour un croyant, l’homme est aussi un être capable de découvrir Dieu pour le connaître, l’aimer et le servir.
Bref, je crois que tout homme est aussi une créature que Dieu aime et que la grâce reçue au baptême nous permet de vivre dans une communion nouvelle avec ce Dieu qui aime chacun et chacune de nous. Voilà les deux volets de la liberté face à cette vocation.
Quelque part, ça reste un point d’interrogation, un mystère.

Textes rédigés par Christine et Jean-Claude Pellet

Contact :

Service des Vocations des Missionnaires de Notre-Dame de La Salette
Sanctuaire de Notre-Dame de La Salette - 38970 La Salette
Téléphone : 06.33.03.59.67
Mail : vocation@lasalette.cef.fr

Site internet de la Province de France : www.missionnaire-lasalette.fr

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