Le Message commenté

Voici le Message laissé par la "Belle Dame" à Mélanie et Maximin le 19 septembre 1846, avec quelques explications et éclairages.

UNE GRANDE NOUVELLE

« Avancez, mes enfants, n’ayez pas peur, je suis ici pour vous conter une grande nouvelle. »

Ce 19 septembre 1846, la « Belle Dame », comme la décrivent Maximin et Mélanie, leur conte une Grande Nouvelle à partir du chemin de leur vie. C’est en larmes qu’elle la leur confie. Ces larmes montrent que, même si elle n’est plus de ce monde (cf. Jean 17), elle ne cesse d’être présente dans la vie difficile des paysans de l’époque, aux joies et aux drames des hommes, femmes et enfants de tous les temps et de partout. Mais derrière ces larmes, les mots sont prononcés pour réveiller l’espérance : « N’ayez pas peur ».

« Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller le bras de mon Fils. Il est si fort et si pesant que je ne puis le maintenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse et, pour vous autres, vous n’en faites pas cas ! Vous aurez beau prier, beau faire, jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j’ai prise pour vous autres. »

Ce « peuple » dont parle Marie refuse tout ce qui vient de Dieu et entame une vie où l’égoïsme des uns ne cesse de ruiner un peu plus la vie des autres. C’est donc la mort qui se profile pour ces hommes et ces femmes au bout de leur chemin et non la naissance à leur vraie Vie.
Marie demande à chacun des membres de son peuple de rectifier sans cesse l’image qu’il se fait de Dieu et de donner son adhésion libre et amoureuse à son Fils. Qu’il soit ainsi un peuple de vivants qui donnent du fruit. Elle prie son Fils de venir offrir ce qui manque à ses enfants pour qu’ils se reconnaissent aimés et que leur vie s’accomplisse dans l’amour.

« Je vous ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième et on ne veut pas me l’accorder. Et aussi, ceux qui mènent les charrettes ne savent pas jurer sans mettre le nom de mon Fils au milieu. Ce sont les deux choses qui appesantissent tant le bras de mon Fils. »

Marie apparaît à La Salette dans une époque où le dimanche n’est pas respecté. On travaille 7 jours sur 7. La révolution industrielle n’aura pas de scrupule pour ses ouvriers qui travailleront jusqu’à 14-15 heures par jour. La solidité de la famille, les liens de la communauté chrétienne sont menacés. Si la société d’aujourd’hui a besoin du travail de nombreuses personnes le dimanche pour assurer les soins, les transports, les loisirs…, la revendication du 7ème jour est légitime pour créer les conditions de repos conforme à la dignité humaine ; pour entretenir les liens vitaux avec Dieu et avec les frères et les sœurs que la vie nous donne.
Le bras de mon Fils : bras pesant, insistant : cloué sur la croix, (comme le grand Christ sur la poitrine de Notre Dame), il ne cesse de toucher notre conscience. C’est le bras cloué du juste assassiné, de l’amour rejeté. Qui peut rester indifférent devant le crucifié ? « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu. Mais ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. » Marie nous signifie que pour trouver la paix, pour trouver la vie, il nous reste à le saisir, ce bras, à le tenir pour aimer comme lui.

« Si la récolte se gâte, ce n’est rien que pour vous autres. Je vous l’ai fait voir l’année passée par les pommes de terre, vous n’en n’avez pas fait cas. C’est au contraire : quand vous trouviez des pommes de terre gâtées, vous juriez, vous mettiez le nom de mon Fils au milieu. Elles vont continuer, et cette année, pour Noël, il n’y aura plus. »

(Jusqu’ici la Belle Dame a parlé en français et termine son discours en patois.)

« Vous ne comprenez pas, mes enfants ! Je m’en vais vous le dire autrement. Si la récolta se gasta... Si vous avez du blé, il ne faut pas le semer, tout ce que vous sèmerez, les bêtes le mangeront et ce qui viendra tombera en poussière quand on le battra. Il viendra une grande famine. Avant que la famine vienne, les petits enfants au-dessous de sept ans prendront un tremblement et mourront entre les mains des personnes qui les tiendront. Les autres feront pénitence par la famine. Les noix deviendront vides, les raisins pourriront.
S’ils se convertissent, les pierres et les rochers deviendront des monceaux de blé et les pommes de terre seront ensemencées par les terres. »

Marie utilise le langage de l’Apocalypse de Saint Jean ; toutes les époques sont concernées par la conversion. Le prophète Aggée mettait les mauvaises récoltes en lien avec l’absence de vigueur à redonner sa place centrale à Dieu (cf. Aggée 1,6. 10-11 ; 2, 15-19). L’Apocalypse parle de la sécheresse qui au lieu de provoquer à la conversion pousse au blasphème (Apocalypse 16, 8-9), exactement comme la pénurie de pommes de terre provoque les jurons, alors que les seuls responsables sont ceux qui ont désappris à partager !
A La Salette, Marie suggère que la fin de la disette est conditionnée par la conversion : « Si vous ne vous convertissez pas vous périrez tous (Luc 13, 3). » Si autrefois, ignorant ce que les sciences ont découvert, on cherchait en Dieu la cause des mauvaises récoltes, aujourd’hui Notre Dame nous appelle à chercher comment réagir en croyants, pour que l’épreuve ne brise pas les frères et sœurs en humanité.
Se convertir, ce n’est pas d’abord s’abîmer en prières, mais apprendre à aimer comme le Christ. « Le sacrifice que j’aime, dit le Seigneur, c’est faire droit au malheureux, à la veuve et à l’orphelin » (cf. Proverbes 21, 3 ; Osée 6,6 ; Matthieu 9,13).

« Faites-vous bien votre prière, mes enfants ? Pas guère, Madame. Ah ! Mes enfants, il faut bien la faire, soir et matin, ne diriez-vous seulement qu’un "Notre Père" et un "Je vous salue". Et quand vous pourrez mieux faire, dites-en davantage.
L’été, il ne va que quelques femmes un peu âgées à la messe. Les autres travaillent le dimanche tout l’été, et l’hiver, quand ils ne savent que faire, ils ne vont à la messe que pour se moquer de la religion. Le carême, ils vont à la boucherie, comme les chiens ».

Marie invite les enfants à la prière. Dire tous les jours « que ton nom soit sanctifié », célébré, loué, reconnu, c’est choisir de ne pas utiliser en vain du nom du Seigneur. Reconnaissant notre dépendance à l’égard de Dieu pour le pain de ce jour, nous ne l’accusons plus d’être coupable de la pénurie. Nous ne prétendons plus bâtir le monde sans référence à lui. Le vide de Dieu ne cherche-t-il pas à être comblé par le recours « à la boucherie », à la consommation ? « Tu es fou ! Cette nuit-même on va te réclamer ta vie, qui va recueillir ce que tu as préparé ? » (cf. Luc 12, 19-21).
En proposant aux enfants de La Salette le Notre Père et le Je vous salue, Marie nous plonge au cœur de la Bible. Le Notre Père est la prière de Jésus, le résumé non seulement de son enseignement mais, plus profondément encore, de sa vie.

« N’avez-vous point vu de blé gâté, mes enfants ? Non, Madame ! Mais, vous, Maximin, mon enfant, vous devez bien en avoir vu une fois, au Coin, avec votre père. Le maître de champ dit à votre père d’aller voir son blé gâté. Vous y êtes allés. Vous avez pris deux ou trois épis dans vos mains, vous les avez froissés et tout tomba en poussière. En vous en retournant, quand vous n’étiez plus qu’à une demi-heure loin de Corps, votre père vous donna un morceau de pain en vous disant : ‘Tiens, mon petit, mange encore du pain cette année, car je ne sais pas qui va en manger l’an qui vient si le blé continue comme ça. - Ah ! Oui Madame. Je m’en souviens maintenant. Tout à l’heure, je ne m’en souvenais pas. »

Monsieur Giraud, père de Maximin, charron de son métier, n’avait plus besoin de Dieu depuis longtemps. Au début, il ne veut rien savoir de ce que raconte son gamin. Puis il entend que Marie ne le juge pas, mais partage son souci de père de famille, angoissé de ne plus pouvoir donner de pain à son enfant. Bouleversé, il découvre le Dieu de tendresse. Sa vie en est profondément transformée, si bien qu’il ne fera plus travailler ses ouvriers le dimanche.
Comme monsieur Giraud se soucie de Maximin, Notre Dame se soucie des nourritures de son peuple. Se soucier de son prochain, ne serait-ce pas un appel pressant de Marie à La Salette ?

« Eh bien, mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple », conclut-elle en français. Allons, mes enfants, faites-le bien passer à tout mon peuple. »

La Vierge associe les enfants à sa mission de prière, mais aussi à sa mission de messagère. Si le message confié à Maximin et Mélanie nous est parvenu, c’est que l’Église s’en est sentie dépositaire pour l’interpréter et le transmettre de nouveau. Le peuple de Dieu n’est pas seulement le destinataire de la nouvelle ; il en est aussi le messager.

L’Église, encore traumatisée par les persécutions de la Révolution, reçoit ce message de La Salette comme une confirmation de ses efforts à demander le repos dominical et le respect du Nom du Sauveur. Les gens de la montagne ont compris tout suite qu’il fallait se convertir. Le mouvement de conversion dépasse le canton de Corps et la France, et suscite un renouveau spirituel.

Et nous qui vivons dans un contexte de société radicalement différent, n’y verrions-nous pas le même appel ? Notre Dame de La Salette est convaincue que la prière change le monde, mais aussi que, sans conversion, elle ne peut contenir le danger.

Rendons grâce à Dieu : « Je te bénis, Père, ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout- petits. » (Matthieu 11, 25)

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