Documents authentiques, tome 1

Jean Stern (rédaction), La Salette - documents authentiques, tome 1 : Septembre 1846 - début 1847, Ed. Desclée de Brouwer, 1980.

Présentation

On trouve dans ce volume d’abord une présentation du cadre géographique, social et religieux de l’apparition ; le portrait des deux témoins, Maximin et Mélanie ; l’état de la documentation : source et travaux. Vient ensuite l’introduction aux documents : date et origine des textes, renseignements sur les auteurs, etc. LES DOCUMENTS s’échelonnent depuis le plus ancien témoignage conservé (relation Pra, du 20 septembre 1846, lendemain de l’apparition) jusqu’aux enquêtes de l’abbé Lagier et de l’ingénieur Dausse, février-mars 1847.

P. René Laurentin - Préface au premier volume de l’ouvrage "La Salette - documents authentiques"

L’apparition de Notre-Dame de la Salette aux bergers d’alpage, Mélanie Mathieu, alias Calvat (14 ans), et Maximin Giraud (11 ans), le 19 Septembre 1846, provoqua très vite un afflux de pèlerins et de conversions. On vint prier sur la montagne, à 1 800 m d’altitude, avant même qu’un chemin soit tracé pour une montée. L’impression fut très vive chez des hommes aussi divers que saint Pierre Julien Eymard, saint Jean Bosco, Louis Veuillot et Mgr Dupanloup, Huysmans et Léon Bloy, Psichari et Maritain, Blondel et Claudel, Mauriac et Stanislas Fumet, dont la foi et les liens dans la Communion des saints furent vivifiés.

La Salette a provoqué aussi beaucoup de passions. Des mouvements divers, confus, et parfois peu recommandables, ont utilisé très tôt ce fait d’actualité. Les voyants, soumis à la douche écossaise de ferveur adulatrice et de menaces parfois violentes, ont été perturbés dans l’orientation de leur existence. De là, des commentaires confus et contradictoires, des polémiques inextricables, des oppositions et des interdictions de publier sur le fameux secret de la Salette, tandis que la ferveur des pèlerins continuait son chemin, sainement, chez les simples.

La Salette est souvent mal comprise. Les mythes et projections cachent l’essentiel.

Le moyen de faire la lumière, c’est d’abord un travail d’histoire : la publication chronologique du dossier intégral des documents, à commencer par les premiers, car l’origine est décisive en toutes choses. En instaurant cette méthode à Lourdes (1958), jusqu’alors objet de polémiques sans cesse renouvelées, à Pontmain (1971) où l’on cachait honteusement la rétractation d’une des voyantes pour ne pas scandaliser les pèlerins, j’ai pu constater que le courage d’une publication objective, méthodique et sans dissimulation dissipait les ombres et faisait la lumière de manière inattendue. Les polémiques sur les origines de Lourdes ont tari, après la production scientifique des Documents authentiques. La rétractation de Jeanne-Marie Lebossé s’est désintégrée d’elle-même dans la lumière du dossier intégral. Cette authentique voyante, toujours la première à répondre, notent les premiers enquêteurs, perdit, comme il arrive souvent, la mémoire d’un état second exceptionnel et se rétracta par scrupule, par crainte d’avoir menti, comme Thérése de Lisieux, après l’apparition de la Vierge, qui avait déterminé sa guérison d’enfant. A la rue du Bac, la même méthode a dissipé les soupçons troublants semés par M. Coste, archiviste des Lazaristes, en divers fonds d’archives.

La Salette est un domaine particulièrement difficile. La masse et la complexité de la documentation faisaient peur. Le père Stern, archiviste des Missionnaires de Notre-Dame de la Salette à Rome, a eu le courage de les aborder, de longue date, avec une objectivité dont ce livre est le résultat fondamental. Nous y voyons le dossier des documents se faire sous nos yeux. Nous y voyons l’impact de la "grande nouvelle" à travers des documents qui surgissent au fil des occasions : interrogatoires, articles de journaux, observations de pèlerins et adversaires, brochures de colporteurs, etc. L’ordre chronologique fait saisir le mouvement de l’anamnèse, le jeu des influences, et celui des extrapolations. Le premier noyau documentaire reste en deçà d’un foisonnement dont une autre étape présentera la genèse : celui qui se déploie dans ce que l’on appelle parfois La Salette II, et comprend notamment la diffusion suspecte ou postiche des "secrets" des deux voyants. Ce livre apporte des récits inédits de Maximin : les premiers. Il s’y montre surtout sensible aux interpellations de "La Dame".

Laissons le père Stern produire et présenter lui-même, avec sa maîtrise ce dossier exhaustif et définitif, et ses conséquences pour une connaissance authentique de la Salette. Ce qui en ressort, c’est la limpidité, la naïveté première d’une apparition populaire, adressée à des enfants simples et illettrés, la durée selon laquelle ils en prennent conscience. C’est aussi la simplicité des vrais pèlerins qui ont vécu le choc de ce message, et pris au sérieux l’essentiel : la foi et le salut, sans entrer dans les complications digressives, multipliées à l’excès par les passions politiques, religieuses ou autres.

René Laurentin

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